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Le mouvement c’est la vie. La méthode Feldenkrais

Caroline Berthonnet

Felden quoi ?
Feldenkrais, une méthode d’éducation somatique du nom de son inventeur Moshé Feldenkrais qui a pour objectif de prendre conscience de nos mouvements, de nos habitudes de mouvement dans l’espace et dans notre environnement à travers les sensations kinesthésiques qui y sont reliées et d’élargir notre répertoire d’actions. « Si nous ne savons pas ce que nous sommes en train de faire, nous ne pouvons pas faire ce que nous voulons. » Le Feldenkrais n’est ni de la gymnastique, ni de la relaxation, mais une forme d’auto-éducation et de développement corps-esprit.

Le corps est un tout
« Je crois que se connaître soi-même est la chose la plus importante qu’un être humain puisse faire pour lui-même. Comment se connaître soi-même ? En apprenant à agir non pas « comme il faut », mais comme on le fait effectivement. »*

L’être humain est un tout, une unité psychocorporelle composée de trois éléments : le système nerveux -qui est la partie centrale- le corps, et l’environnement -lequel se définit par l’espace, la gravité et la société. Ces trois aspects combinés donnent une image en mouvement d’un être humain. L’esprit et le corps sont les deux facettes d’une même entité, avec interaction mutuelle ; l’expression principale de l’activité du système nerveux est le mouvement.

Feldenkrais propose d’obtenir une meilleure connaissance et conscience de soi, de nos besoins et de nos envies ; il préconise une meilleure aptitude à les satisfaire en développant la capacité d’avoir des choix, un meilleur usage de soi, de ses mouvements, par la libération des tensions musculaires inutiles, et l’optimisation du mouvement squelette.

L’interaction avec l’environnement, le vécu de l’être humain, engendrent des schémas corporels qui ne sont pas toujours satisfaisants et peuvent parfois être la cause de troubles musculo-squelettiques. Feldenkrais aide à déconstruire tous les schémas de fonctionnement non optimaux qui se sont constitués au fil du temps. Il s’appuie pour cela sur l’observation des nouveau-nés soignés par sa femme et tente de percer comment se construit le système nerveux des enfants.

Education somatique
«  En général je précise que le but de mon travail est de guider vers une prise de conscience dans l’action ou de développer la capacité d’être en contact presque simultanément avec son propre squelette, ses muscles et l’environnement. »*

L’être humain a la faculté d’établir des schémas individuels et de tirer parti de l’expérience vécue. L’homme a peu de capacités de mouvements volontaires à la naissance, la plupart de ses mouvements étant déclenchés par des réflexes primitifs.

La méthode ne prétend pas être une thérapie mais une méthode d’éducation somatique qui repose sur l’apprentissage de la conscience du corps sensible en mouvement dans son environnement. L’éducation somatique repose sur 4 points : le mouvement, la conscience du corps vivant et sensible (et non pas le corps-objet appréhendé uniquement de l’extérieur), l’apprentissage (et non pas la thérapie), l’environnement.

Conscience et intégration
"La clef de toute amélioration n’est pas dans les muscles et les articulations, mais dans le système nerveux".*

La méthode comprend deux volets :
- La Prise de conscience par le mouvement (PCM) : elle se fait sous la forme de leçons collectives, sur un tapis de sol. Les participants sont guidés dans des explorations de mouvements, invités à penser, bouger, sentir, imaginer. Mouvements et gravitation ne doivent faire qu’un. Il convient de faire un minimum d’effort, d’avoir une perception maximale des sensations kinesthésiques et une efficacité de l’action dans l’environnement.

- L’intégration fonctionnelle : elle se fait sous la forme de leçons individuelles. L’élève est allongé sur une table, ou assis, tandis que le praticien l’invite à explorer des mouvements délicats, agréables, inhabituels et novateurs mais jamais intrusifs ou douloureux.
La qualité du toucher est essentielle ainsi que la position des mains et des prises de contact, généralement osseux.

Dans les deux cas, il s’agit de mouvements faits avec attention et conscience et l’accent est mis sur la perception et le ressenti de la personne. Un mouvement test en début et en fin de chaque leçon permet à l’élève de mesurer le chemin parcouru pendant chaque leçon.
Lorsqu’un mouvement engendre la moindre gêne, il faut y renoncer et le faire en imagination, ce qui produit le même effet au niveau cérébral.
A l’issue d’une séance l’élève se sent plus léger, plus disponible. Il est en quelque sorte « accordé » avec lui-même et retrouve une unité de fonctionnement. C’est ainsi que s’est senti Ben Gourion au sortir d’une séance et a valu cette célèbre photo où on le voit faire le poirier sur une plage, ne souffrant plus de son hernie discale.

Rien n’est impossible
« L’impossible devient possible, le possible devient facile, le facile devient agréable, l’agréable devient esthétiquement plaisant ».

L’originalité du Feldenkrais réside dans les moyens utilisés pour arriver à ce résultat en faisant appel à notre plasticité neuronale, en utilisant des circuits neuro-moteurs inhabituels, et une prise de conscience de soi dans l’action. La méthode ne fait pas appel directement à notre souplesse articulaire et à notre force musculaire d’une façon répétitive et mécanique, mais à notre capacité d’apprendre et de sentir.
Son génie est d’avoir eu l’intuition de la plasticité neuronale en travaillant avec des neurophysiciens, et de la « vicariance »**, faculté à mettre en place des relais, à remplacer une fonction par une autre, notamment quand certains circuits sont endommagés.

Danseurs, acteurs, mimes, musiciens, kinésithérapeutes, ostéopathes… utilisent le Feldenkrais pour améliorer la qualité et l’efficacité de leurs mouvements. Elle s’adresse à tout un chacun et l’idéal serait qu’elle soit enseignée dès l’école maternelle.

* L’évidence en question, éd. L’inhabituel
** La vicariance, Alain Berthoz, éd. Odile Jacob


Moshé Feldenkrais : un scientifique précurseur

Né en 1904 aux confins des terres biélorusses et ukrainiennes dans ce qui était alors l’Empire de Russie, Moshé Feldenkrais fuit les pogroms et émigre en Palestine à l’âge de 14 ans avec un groupe de jeunes de son âge. Il vit une dizaine d’années à Tel-Aviv, y travaille comme maçon tout en poursuivant des études secondaires. Il s’intéresse à l’hypnose, pratique le yoga, le jujitsu et le foot qui lui vaudra une blessure au genou.

Il quitte Tel-Aviv en 1928 pour Paris où il obtient un diplôme d’ingénieur en génie mécanique et électrique et un Doctorat en physique. Il travaille au laboratoire des Juliot-Curie sur l’énergie nucléaire et auprès de Paul Langevin sur les ultrasons et la force magnétique. Il pratique toujours le sport, démarre le judo et contribue à l’introduire en France, co-fonde le premier Judo club et devient la première ceinture noire.

Il s’embarque en 1940 pour Londres avec une précieuse malle d’eau lourde que lui ont confiée les autorités françaises. Pendant toute la guerre, il travaille à la recherche sur la défense des sous-marins auprès de l’Amirauté britannique. Le travail sur les sous-marins aggravera sa vieille blessure au genou au point de le handicaper fortement. Il refuse une opération chirurgicale dont le succès n’est garanti qu’à 50% et s’engage dans une recherche personnelle et scientifique telle, qu’il en développe sa propre méthode d’apprentissage du mouvement et de la prise de conscience. Il remarchera normalement et reprendra le judo.

C’est le point de départ d’une vie engagée dans la recherche dans des sphères variées, l’observation minutieuse et l’exploration de très petits mouvements, l’utilisation du processus d’apprentissage utilisé par les jeunes enfants pour acquérir la marche.
Il étudie tout ce qui a trait à la santé et à la guérison : la biologie, la neurologie, la psychologie, le développement de l’enfant, les sciences du mouvement... Il ne négligera aucune voie : les approches orientales telles que le zen, le yoga, l’acupuncture, l’hypnose, le travail de divers innovateurs dans la recherche sur la conscience et le mouvement corporel.

Tout cela aboutira à ce qu’il nomme « Prise de conscience à travers le mouvement », communément appelée « Méthode Feldenkrais », même si lui-même refuse ce terme.
Il retourne à Tel-Aviv en 1950 où il devient le premier directeur du département d’électronique de l’armée israélienne, soulagera Ben Gourion de douleurs chroniques. Il enseignera sa méthode aux USA à partir des années 1950.
Il meurt en 1984 à Tel-Aviv.

Caroline Berthonnet

Pour en savoir plus
- Ouvrages de Moshé Feldenkrais traduits en français
L’évidence en question, éd. L’inhabituel
Énergie et bien être par le mouvement, éd. Dangles
L’être et la maturité du comportement, éd. Espace du Temps Présent
La puissance du moi (titre original : the Potent Self), éd. Marabout
Le cas Doris, éd. Espace du Temps Présent

- Articles
La méthode Feldenkrais, de M. Pfeffer
http://www.feldenkrais-france.org/w...
Felden-What, de Larry Goldfarb
http://www.feldenkrais.co.uk/articl...

Caroline Berthonnet

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mardi 13 avril 2021

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