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Les Charter schools, une alternative éducative aux Etats-Unis

Muriel Brunet

Si pour la plupart des familles américaines la dualité du système public-privé est apparue jusqu’à présent comme une offre éducative suffisante, l’évolution de la démographie aux Etats-Unis associée aux mutations technologiques et professionnelles a amorcé un élargissement de l’offre scolaire durant les dernières décennies.

Au début des années 1990, quelques responsables politiques et éducateurs du Minnesota se sont associés pour faire évoluer la législation en faveur de la création d’une offre éducative alternative, connue sous le nom de « charter school » ou école à charte. La première charter school américaine a donc vu officiellement le jour en 1992, la Californie étant le deuxième état cette même année à aménager ses lois en faveur de ce nouvel outil éducatif.
Depuis, 40 Etats en plus du District de Columbia ont adopté des lois autorisant la création de charter schools. On en dénombre 3400 sur le territoire américain.

Qu’est-c e qu’une école à charte ?
La charte regroupe l’ensemble des règles qui permettent de définir les missions et l’esprit spécifiques de l’enseignement dans ces écoles. En quoi sont-elles spécifiques ? Elles ont une autonomie de mission et de gestion leur permettant de définir elles-mêmes le contenu académique de leur programme, dans le respect cependant d’un tronc commun officiel.

Une école à charte a toute liberté pour orienter son enseignement vers les besoins spécifiques d’une population locale : ainsi peut-elle mettre l’accent sur les STEM (sciences, technologies et maths), l’art de la scène, la préparation aux universités ou au marché de l’emploi, l’immersion en langue étrangère (programme de français), l’engagement civique, les lettres classiques ou même avoir l’ambition d’être une cyber school (école connectée à l’image des Mooc, cours d’université dispensés par internet, dispositif qui permettrait de compenser l’obsolescence des contenus et de bénéficier du know-how d’enseignants très compétents). D’autres écoles cherchent à développer par exemple l’enseignement pour les enfants autistes.

Qui peut être à l’initiative d’une école à charte ?
En principe tout groupe constitué, parents, voisins, enseignants, éducateurs, acteurs associatifs, entrepreneurs ou simples citoyens engagés dans la communauté locale ou pour une cause donnée.

Les écoles à charte sont-elles sélectives à l’entrée ?
Elles peuvent l’être, en fonction des règles établies par les bureaux éducatifs locaux et la législation de l’état. Même si les écoles à charte doivent assurer l’égalité garantie par les lois de chaque état en matière éducative, la plupart ne peuvent accepter tous les candidats, pour des questions matérielles. Elles privilégient d’abord les frères et sœurs de ceux qui y sont déjà scolarisés, les enfants des enseignants ou par exemple les plus motivés ou aptes en fonction de la spécificité de l’enseignement proposé. Pour cela, elles n’hésiteront pas à inclure dans leurs outils de sélection des tests, lettres de motivation et autres travaux des candidats.

Elles peuvent aussi organiser un système de loterie ou de listes d’attentes.
Elles pratiquent parfois la discrimination positive et ont aussi le droit de privilégier l’inscription d’élèves d’origines ethniques spécifiques afin que leurs effectifs reflètent celui des écoles publiques locales (par rééquilibrage en quelque sorte). Par ailleurs, à titre exceptionnel, des écoles d’immersion en français peuvent obtenir l’autorisation d’exemption de la carte scolaire pour permettre aux expatriés français ou francophones de l’ensemble du comté d’y scolariser leurs enfants. L’apport d’élèves de langue maternelle française renforcera ainsi la qualité de l’enseignement en immersion.

En général, compte tenu de la spécificité de leur enseignement et de la qualité de leurs programmes, l’effectif d’une charter school est plus réduit que celui d’une école publique.

Des écoles gratuites
Les écoles à charte sont financées en partie par l’Etat dans lequel elle est située et par les bureaux locaux d’éducation de sa municipalité (local school board). Bien sûr, comme c’est fréquent aux Etats -Unis - et c’est bien là un des intérêts principaux avancé pour cette formule de gestion autonome- elles feront appel pour l’entretien de leur locaux et certaines activités extrascolaires à des financements par sponsors ou à des dons des parents, selon leurs revenus, en général l’entretien des locaux n’étant pas pris en charge par le secteur public. Celui-ci concentre son appui financier sur les salaires et le matériel pédagogique (dotation fournie chaque année au prorata du nombre d’élèves inscrits, par le bureau d’éducation local et l’Etat). Une école à charte est donc bien considérée comme une école du secteur public.

Les charters school sont soumises à des contraintes qualitatives. Elles sont soumises à une période d’observation pour une période de 3 à 5 ans et les Etats où elles sont implantées pratiquent de sévères audits en amont de l’autorisation d’ouverture, elles doivent donc respecter un cahier des charges précis et ont une obligation de résultat. En cas d’échec, l’Etat, très généreux dans le soutien politique et financier qu’il peut apporter à des initiatives parfois audacieuses, n’hésitera pas à les fermer.
Un modèle pour les écoles de français en Louisiane

A la Nouvelle-Orléans, 84% des étudiants inscrits dans le secteur public le sont dans des charter schools. Le modèle des charter schools est surreprésenté par rapport à la moyenne fédérale, le contexte post-Katrina ayant été très favorable aux initiatives communautaires locales afin de parer aux carences dans un contexte de reconstruction.

D’après le Center for Research on Education Outcomes, organisme dépendant de Stanford university analysant les performances des établissements éducatifs, la moitié des charter schools en Louisiane ont de meilleures performances que les écoles publiques conventionnelles en lecture et 56 % en mathématiques. Seules 14 % des charter schools ont des performances inférieures aux écoles publiques locales. Parmi ces 14 %, la plupart se trouvent en milieu rural ou dans des zones périurbaines très défavorisées. En revanche, dans ces mêmes quartiers, certaines charter schools, ont des projets pilotes très efficaces bénéficiant de l’appui du programme fédéral de jeunes assistants enseignants Teach for America.

Le School Recovery District de la Nouvelle-Orléans, organisme de reconstruction du secteur éducatif, et le Board of Education de la Nouvelle-Orléans envisagent une offre éducative publique entièrement charterisée, assumant tous les risques au niveau de la gouvernance et de la gestion budgétaire et financière.
Les écoles à charte sont le modèle retenu par de nombreuses écoles de français en immersion, tels l’école Audubon à La Nouvelle-Orléans et le nouveau lycée Français ou l’école ISL (International School of Louisiana) pour le programme américain enseigné en français.

Muriel BRUNET

mercredi 7 avril 2021

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