Accueil > La grande bibliothèque > Arts. Culture. Talents d’adhérents > Des lieux à découvrir > La Comédie-Française : une ruche foisonnante
La Comédie-Française : une ruche foisonnante
Isabelle Roussel Stéphan
Emblème de la troupe, initialement gravé sur les jetons de présence distribué aux comédiens dès 1682, la ruche bourdonnante est le symbole d’une créativité foisonnante. Sa devise « Simul et Singulis » signifie « être ensemble et être soi-même ».
Histoire mouvementée
A Paris, à la fin du XVIIème siècle, plusieurs troupes se disputent la protection royale. Après la mort de Molière en 1673, deux troupes subsistent : celle du théâtre Guénégaud et la troupe de l’Hôtel de Bourgogne. Pour fusionner ces deux troupes, Louis XIV, passionné de théâtre, fonde la Comédie- Française par lettre de cachet le 21 octobre 1680. La troupe est composée de 27 comédiens choisis par le roi. La troupe jouit du monopole des représentations en français dans Paris et les faubourgs.
En 1682, la troupe est dotée d’une pension royale. Le privilège des « Comédiens du roy » est souvent remis en cause par les troupes rivales, le théâtre de la Foire et surtout les Comédiens-Italiens. C’est par opposition à ceux-ci que se répand le nom de « Comédie-Française ».
En 1789, la Comédie-Française prend le nom de « Théâtre de la Nation ». La Révolution supprime la pension royale. Le 3 septembre 1793, le théâtre est fermé sur ordre du Comité de Salut Public et les comédiens sont emprisonnés. La Comédie-Française ne rouvrira ses portes qu’en 1799, rue de Richelieu.
Pendant la Première Guerre Mondiale, la Comédie-Française participe aux représentations de théâtre des armées, donne des galas à bénéfices et joue des œuvres à caractères patriotiques. Pendant la Seconde Guerre Mondiale, le théâtre s’efforce de préserver son intégrité et son prestige en pleine occupation allemande.
La Comédie-Française est aujourd’hui un théâtre d’Etat. Elle compte 63 comédiens, dispose d’un répertoire de 3000 pièces et de 3 salles à Paris :
la salle Richelieu (Palais Royal)
le théâtre du Vieux Colombier (Paris 6ème) ;
le Studio théâtre (au Carrousel du Louvre).
Théâtre et entreprise
La Comédie-Française est une entreprise avec un budget d’environ 35 millions d’euros dont quelques 70% sont financés par l’Etat.
Elle compte 400 salariés répartis dans trois grandes familles professionnelles : les comédiens, les ouvriers spécialisés et le personnel administratif. Il y a pas moins de 25 corps de métiers : que serait un spectacle sans les jeux de lumières, les effets sons, les costumes, les chapeaux, les décors, les accessoires, les tapisseries ? Imagine-t-on un comédien sans maquillage et sans coiffure ?
Tous les décors sont fabriqués dans les ateliers de Sarcelles, les costumes et les chapeaux sont faits par les couturières et les modistes du théâtre. Les créateurs sont extérieurs au théâtre ; Christian Lacroix a signé les costumes de plusieurs pièces.
Le théâtre est dirigé par un administrateur général nommé par le Président de la République.
Du théâtre « non-stop »
Le théâtre est ouvert tous les jours, sauf en août. Une saison, c’est 30 spectacles, 800 représentations, 350 000 spectateurs.
La Comédie-Française fonctionne sur le principe de l’alternance : elle présente plusieurs pièces à tour de rôle dans une même période. C’est le seul théâtre à pratiquer systématiquement l’alternance salle Richelieu, où elle propose jusqu’à cinq pièces par semaine, voire deux pièces par jour, une en matinée et une en soirée.
Le personnel travaille aussi selon ce principe d’alternance, ce qui demande une grande organisation. Salle Richelieu, un décor est monté chaque matin, après le démontage du décor de la pièce jouée la veille ; ce décor est utilisé par les différents services, comme celui des accessoiristes. A 13h, une répétition commence. A 17h, le décor est démonté pour laisser place au décor de la soirée.
Il n’y a pas d’alternance dans les deux autres salles, le décor reste en place.
Les comédiens
Les comédiens sont minoritaires en nombre, mais ils sont le cœur de la maison. La troupe des comédiens est actuellement composée de 40 sociétaires et de 23 pensionnaires.
On entre à la Comédie-Française comme « pensionnaire » (à l’origine, cela voulait dire qu’on recevait une « pension » pour jouer). Engagé par l’Administrateur général, le pensionnaire fait partie de la troupe de la Comédie-Française. Après au moins un an de présence, il peut être proposé au sociétariat après accord du Comité d’administration et des sociétaires réunis en assemblée générale.
Le sociétaire est un membre de la troupe appartenant à la société des Comédiens-Français. Les sociétaires sont choisis parmi les pensionnaires ayant au moins une année d’engagement. Le pensionnaire est nommé sociétaire par arrêté du ministre de la Culture, sur proposition de l’Administrateur général.
Le Doyen est le (ou la) sociétaire le plus ancien en exercice depuis son accession au sociétariat. Il est chargé de veiller au maintien des principes et usages sur lesquels est fondée la société des Comédiens-Français. Il anime l’ensemble de la troupe, et assure l’intérim de la direction du théâtre en cas d’empêchement de l’Administrateur général.
Un sociétaire ayant vingt ans d’ancienneté à la Comédie-Française peut être nommé sociétaire honoraire. Cette qualité est symbole reconnaissance et lui permet de jouer occasionnellement dans la troupe.
Il est interdit aux membres de la troupe de prêter leur image à des entreprises de publicité commerciale ; ils ne peuvent exercer une activité extérieure (tourner un film…) qu’après obtention d’un congé par l’administrateur général. Le calendrier du théâtre est toujours prioritaire.
« Feu » et « partage »
Les comédiens ont un salaire fixe qui varie selon l’échelon. Il y a ensuite un « feu » (un cachet) à chaque représentation, dont le montant varie également selon l’échelon. Par ailleurs, les sociétaires reçoivent un « partage », soit un intéressement sur l’excédent des recettes sur les dépenses de la Comédie-Française. C’est une rémunération complémentaire variable.
La Comédie-Française se visite en groupe. C’est un lieu envoûtant.
Isabelle Roussel Stéphan
lundi 22 mai 2023



