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Le centre de crise et de soutien (CDCS)

Entretien avec Stéphane Romatet

De la Covid à l’Afghanistan, de l’Afrique à l’Ukraine
Le modeste bureau du directeur est inversement proportionnel à l’importance de ses responsabilités. Stéphane Romatet me reçoit au Quai d’Orsay au fond d’un petit couloir au dernier étage d’un bâtiment tout en longueur presque entièrement consacré à sa direction. Il est au plus près de ses troupes, 120 agents. A son étage, les membres de la sous-direction des opérations d’urgence, dont 4 conseillers médicaux, sont serrés autour de leurs écrans et de leurs ordinateurs. On se croirait dans la série « Le Bureau des Légendes ». Seul le centre des opérations humanitaires et de stabilisation jouit du tapis rouge et des vastes espaces, de l’autre côté de la cour, au troisième étage dédié à la direction politique.

Jeune d’allure, de retour d’un poste d’ambassadeur en Egypte, le directeur a pris ses fonctions le 1er septembre 2021, donc, en pleine crise afghane, de celle de la Covid et juste avant la guerre en Ukraine. Le Sahel, le Levant, l’Irak, la Syrie, pour ne citer que les points les plus chauds, sont toujours au menu des activités du CDCS.

« Nous avons pour vocation de mobiliser et de coordonner l’ensemble des moyens du Quai d’Orsay et des autres administrations en cas de crise à l’étranger. Nous avons un mandat pour la protection des Français de part le monde. Nous sommes aussi chargés de mettre en œuvre une assistance humanitaire dans les zones de crise nécessitant une action urgente. Nous avons actuellement 15 opérations en Ukraine et une vingtaine au total en incluant la Pologne et la Moldavie. Nous avons envoyé du fret médical, du matériel de protection civile contre les incendies, des ambulances, des kits sanitaires. Cela représente en tout plus de 500 tonnes à expédier. Nous avons obtenu un budget de 30 millions d’euros pour ces secours d’urgence au profit de l’Ukraine et des pays voisins. »

« Les Conseils aux voyageurs », soixante millions de visiteurs

Le centre de situation, actif 24h sur 24, assure la veille permanente des évènements à l’étranger, analyse les menaces et les risques, planifie la réponse aux crises. Il se trouve au premier étage doté d’un corridor peint en rose pâle sur lequel donnent des bureaux « open space ». Le grand public connait le site « Les conseils aux voyageurs » mis à jour en temps réel. Il est de plus en plus consulté. En 2021, soixante millions de visiteurs contre 9 millions il y a deux ans. C’est un service de l’Etat qui est certifié aux normes ISO 2001 qui garantit la rigueur et la fiabilité.
Le centre des opérations d’urgence est en liaison avec les ambassades et les consulats. « Les crises surviennent souvent quand on ne les attend pas, les accidents aussi. Ainsi aujourd’hui, un accident de bus à Assouan a entrainé la mort de quatre Français et huit blessés. Nous sommes chargés, en lien avec notre ambassade, de la prise en charge des victimes et du lien avec les familles. »

Armer une cellule de crise

Le CDCS travaille de plusieurs manières avec nos postes : « Nous formons par anticipation nos diplomates à l’étranger aux questions de sécurité pour les aider à se préparer ; lorsque la situation l’exige, nous passons alors en mode gestion de crise, cela s’appelle dans notre jargon « armer » une cellule de crise sur place.
En Ukraine, nous avons envoyé une première mission du CDCS dès décembre ; puis, dès le déclenchement de la guerre par les Russes, le 24 février, nous avons aussitôt ouvert une cellule de crise à Paris. Nous avons été présents auprès de nos compatriotes pour assurer leur sortie d’une Ukraine en guerre ; nous avons appuyé notre ambassade pour son transfert de Kiev vers Lviv et maintenant pour son retour dans la capitale ukrainienne.
Nous sommes aussi très mobilisés en ce moment par les crises dans les pays du Sahel. Nous avons projeté des équipes avant et pendant le coup d’Etat, au Burkina Fasso et dans les pays alentours pour mettre en sureté notre communauté. Nos missions sont prêtes à se déployer instantanément pour préparer l’avant crise, pour appuyer le poste au moment de son déclenchement et par la suite.
L’Afghanistan a été une autre des grandes crises que nous avons gérées ces derniers mois. Nous avons projeté des équipes d’aide pour mettre en sureté notre communauté. Ainsi avons-nous commencé à partir du printemps 2021 les premiers rapatriements de compatriotes d’Afghanistan et de leurs ayant-droits. Le 14 août 2021 nous ouvrons une cellule de crise Afghanistan et évacuons 300 Français et plus de 2.600 Afghans. Depuis, nous sommes en charge d’organiser les opérations d’accueil en France de ceux que nous appelons les « Afghans vulnérables », ces juges, ces représentants du domaine culturel, ces femmes, ces membres de la société civile en danger du fait de leur engagement. »

Comment avez-vous répertorié les Afghans à recueillir en France ?

« Nous avons eu le concours des autorités du Quatar, de la direction d’Asie, de l’ambassade et d’Eric Chevalier notre ambassadeur à Bagdad. Il était important que la France les accueille. Nous travaillons très étroitement avec les directions géographiques, le ministère de la Défense, celui de la santé, l’Elysée et Matignon. Le CDCS est le point de contact de la gestion de crise à l’étranger pour l’ensemble des ministères. »
Stéphane Romatet se lève. Il doit se rendre à une réunion Ukraine.

Juste une dernière question : Quels sont les liens avec les entreprises françaises ?

« Nous discutons en permanence avec les responsables des services de sécurité de ces entreprises, échangeons des informations et leur donnons des conseils. C’est surtout utile pour les petits entrepreneurs, les grosses entreprises sont mieux équipées. Nous ne faisons que des recommandations et leur laissons toute liberté. »

Je n’ose le garder plus longtemps. J’ai juste le temps d’apercevoir, au premier étage, une grande salle lambrissée de bois blond. Interdit d’entrer.
Le centre de crise et de soutien est en plein travail. J’imagine qu’il occupera souvent cette salle dans les mois à venir.

Propos recueillis par Francine Boidevaix
Juin 2022

jeudi 26 janvier 2023

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