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La direction des Ressources humaines
Entretien avec Agnès Romatet-Espagne, directrice
Deuxième étage puis deux fois à gauche. Cela a l’air facile, mais j’ai heureusement
un guide, un aimable assistant, qui me pilote dans les longs couloirs du site Convention jusqu’au sobre bureau de Mme Agnès Romatet-Espagne, la DRH du Quai d’Orsay.
Jolie femme blonde, elle parle d’une voix calme. Sa fonction lui va bien, elle a du charme et semble pouvoir faire face en douceur aux multiples défis qui se présentent à elle, notamment à ceux qui concernent notre société et le Quai d’Orsay :
« Les nouvelles générations, et c’est vrai dans tous les métiers et toutes les filières, n’envisagent plus des parcours monochromes, même ceux qui ont rejoint le MEAE avec une forte vocation. Les jeunes ne se sentent pas tous « mariés au job » comme l’étaient leurs aînés. Leur vie personnelle compte et c’est bien. Ils sont aussi curieux de pouvoir se frotter à d’autres cultures, administratives ou entrepreneuriales.
Entendons-nous, notre profession continuera à attirer des profils exceptionnels. Mais je sais aussi que nous devrons pouvoir leur proposer un « contrat social » différent et la possibilité de « s’oxygéner » dans d’autres environnements professionnels que celui du Quai d’Orsay. Nous devrons être plus flexibles, plus créatifs et accepter que certains d’entre eux ne fassent avec nous qu’un petit bout de chemin.
Le Quai d’Orsay, plus que d’autres administrations, est resté une « maison », petite par la taille (13 500 agents) et où tout le monde se connaît et forge des liens forts car nous nous heurtons tous aux mêmes contraintes et nous vivons solidairement des expériences uniques. Plus qu’un métier, la diplomatie est un mode de vie.
Mais, de nombreux agents ont aujourd’hui envie d’élargir leur spectre, de quitter « la maison » pour quelques années, avec toutefois la certitude de pouvoir y revenir. Avec les réformes des ressources humaines en cours, ils auront la possibilité d’apporter à l’appareil de l’Etat ou au-delà leurs compétences, leur faculté à décrypter les enjeux géopolitiques, leur aptitude à interpréter le monde. En
retour, le Quai d’Orsay s’enrichira de leurs nouvelles expériences et compétences comme de l’expertise de personnes venues de l’extérieur et dont nous avons aussi besoin ».
Mme Romatet-Espagne est l’exemple d’allers-retours réussis. Elle a été détachée auprès de l’Autorité des marchés financiers, a passé trois ans au Trésor et deux ans à la SNCF. Mais parlons d’un sujet controversé.
Qu’en est-il de la suppression du corps diplomatique ?
« Je vous rassure : les carrières diplomatiques ne disparaîtront pas. La compétence se fabriquera toujours au fil d’une carrière, sous la tutelle des grands anciens. Pour bien exercer le métier de diplomate, faut-il qu’il y ait un corps ?
Le Président de la République considère, à juste titre, que s’enfermer dans un corps empêche l’irrigation nécessaire qu’apportent les compétences extérieures. Depuis plusieurs années, nous avons évolué dans le bon sens : nous nous sommes ouverts aux agents contractuels, sous l’impulsion de mes prédécesseurs, tout à fait remarquables, Caroline Ferrari et Nathalie Loiseau. Actuellement, 51% de nos agents ont des contractuels, et vous les trouvez aussi bien en France qu’à l’étranger, à la Direction générale des affaires politiques ou à la Direction générale de la mondialisation ».
Sera-t-il possible de dérouler des carrières en continu au Quai d’Orsay ?
« Certainement. Le décret du 16 avril 2022 en donne la possibilité. Au-delà du débat sur les corps, il est important de conserver la faculté de dérouler une carrière cohérente au Quai d’Orsay. C’est la garantie d’une diplomatie efficace au service de l’Etat. On continuera à apprendre son métier de poste en poste ».
Quelles sont les nouvelles voies d’accès au métier de diplomate ?
« A la sortie de l’INSP (Institut national du service public), qui forme les administrateurs de l’État, les élèves issus du « cadre général » pourront continuer à choisir le Quai. Nous en avons accueilli quatre il y a quelques jours. Le concours d’Orient est, lui, maintenu. A partir de 2024, il sera organisé par l’INSP en coordination avec le ministère. Les élèves recrutés par cette voie rejoindront automatiquement le Quai d’Orsay à l’issue de leur scolarité à l’INSP. Le concours de secrétaire des Affaires étrangères, cadre général et cadre d’Orient, existe toujours, comme le concours de secrétaire de chancellerie ».
Pouvez-vous aussi nous parler de l’EDI, la nouvelle école de la diplomatie ?
« L’EDI est une école pratique des métiers de la diplomatie. Elle a pour but d’organiser des formations pratiques, au bénéfice de tous les agents, toutes catégories confondues, à tous les moments clefs d’une carrière. Elle permettra à tous ceux qui nous rejoignent de devenir plus rapidement opérationnels. Les locaux seront répartis entre Paris, Nantes et La Courneuve. Elle a trois objectifs : organiser des stages d’intégration pour tous, d’où que l’on vienne ; former les agents à des fonctions critiques, surtout quand vous les occupez pour la première fois, comme celles d’ambassadeur, de consul général, de CO-CAC, de conseiller de presse, de SGA, etc. L’EDI s’ouvrira aussi à des partenariats avec des universités françaises et étrangères, et collaborera étroitement avec l’INSP ».
Les conjoints ne risquent-ils pas d’avoir du mal à suivre ?
« Nous avons encore beaucoup à faire pour eux : travailler sur les cotisations pour la retraite, la couverture sociale, le continuum scolaire des enfants, préserver leurs carrières pour éviter le célibat géographique, prendre en compte le droit aux congés formation, favoriser les postes doubles, le télétravail, multiplier les accords avec les pays de résidence. À nous de tester des formules innovantes, d’apporter des compensations, d’être plus souples.
Notre réflexion doit porter aussi sur la prise en compte des enjeux climatiques, environnementaux, sanitaires, sécuritaires. Les agents se posent de plus en plus la question de partir en famille pour des destinations risquées. Leur épanouissement familial, l’équilibre de leur entourage a désormais la priorité sur la concrétisation d’une ambition personnelle comme cela pouvait être le cas il y a vingt-cinq ans. Les conjoints sont des partenaires à part entière qui n’entendent plus se « soumettre » aux aléas de la carrière de leur mari ou de leur femme ».
Mme Romatet-Espagne avoue avoir dû faire des sacrifices quand son mari a passé, en Egypte, quatre ans sans elle. Elle a dû rester à Paris pour des raisons professionnelles, mais aussi pour s’occuper de parents âgés, ce qui est le cas d’un
nombre croissant de nos collègues : « Tout un pan de la vie de son conjoint qu’on n’a pu partager vous échappe ».
« Nos jeunes collègues auront une approche plus décomplexée de ces dilemmes et peut-être plus de choix. A nous, les responsables des ressources humaines de nous adapter, d’avoir l’esprit ouvert, de nous inspirer des expériences les
plus prometteuses dans d’autres pays. Je suis convaincue que de très bonnes suggestions seront faites dans le cadre des États généraux de la diplomatie que la ministre vient d’annoncer. Je l’espère en tout cas, car l’expatriation demain ne peut pas ressembler et ne ressemblera pas au modèle classique que j’ai connu à mon entrée au ministère, en 1983. »
Propos recueillis par Francine Boidevaix
Décembre 2022
samedi 25 mai 2024